- Accueil
- Lutte ouvrière n°3004
- Salon de l’agriculture : l’arbre qui cache la forêt
Article du journal
Salon de l’agriculture
l’arbre qui cache la forêt
Le Salon de l’agriculture, qui a ouvert ses portes samedi 21 février à Paris, est un moment privilégié pour la communication : entreprises et politiciens s’y bousculent pour défendre le « monde agricole ».
Tandis que Macron s’extasiait devant les brebis – faute des traditionnelles vaches – la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, exaltait, avec des trémolos dans la voix, « l’âme paysanne » immortelle, un pays « de champions de l’agroalimentaire ». Côté entreprises, Sodexo, multinationale française de la restauration collective, et McDonald’s ont tous deux affirmé soutenir l’agriculture française en achetant « local ». Tous se penchent avec sollicitude sur le monde agricole qui serait menacé par la mondialisation et la concurrence étrangère.
Et tous passent sous silence le fait que la France reste la première puissance agricole européenne, en production comme en surface de terres cultivées. Et si le nombre d’exploitations a effectivement diminué ces dernières années – moins 100 000 entre 2010 et 2020 – ce n’est pas parce que les petites auraient disparu : elles ont été absorbées par les plus grandes. La surface moyenne d’exploitation ne cesse d’augmenter, et les terres se concentrent entre quelques mains. Ce n’est pas la mondialisation qui étouffe les petites exploitations, c’est l’agriculture capitaliste, organisée de plus en plus en véritables holdings financières qui contrôlent des centaines, voire des milliers d’hectares de terres agricoles. Auchan (qui appartient à la famille Mulliez) est propriétaire de 800 hectares, et Castel Frères (dont le propriétaire, Pierre Castel, est une des grandes fortunes françaises) concentre 1 400 hectares de vignobles.
L’opération communication du Salon de l’agriculture passe largement sous silence cette réalité, de même que ne sont jamais évoqués les 250 000 ouvriers agricoles sans lesquels toute cette richesse resterait en jachère. Les petits paysans servent à cacher les gros entrepreneurs agricoles, comme les petits patrons n’ont rien à voir avec les industriels qui tiennent l’économie du pays et qui raflent toutes les aides financières.