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Algérie : une campagne électorale muselée
En Algérie la campagne pour les élections législatives du 2 juillet, ne suscitait jusqu’à présent que la plus grande indifférence, tant le discrédit des clans politiciens est profond parmi les classes populaires.
La dégradation des conditions d’existence, la corruption et le verrouillage de la vie politique entraînent un rejet. Mais la campagne s’est réveillée suite à l’invalidation de nombreuses listes par l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE). « Atteinte aux bonnes mœurs », « en lien avec les milieux d’argent », « lié à des affaires suspectes », sont les motifs invoqués par l’ANIE pour écarter des candidats, sans aucune preuve et dans l’arbitraire le plus total. Si des candidats indépendants ayant un certain crédit dans leur localité ont été visés, les islamistes du MSP, les partis dits démocratiques RCD, FFS, et le Parti des travailleurs (PT) sont aussi concernés.
La mise à l’écart de candidats membres de ces partis peut surprendre, tant chacun à sa manière a fait le jeu du système jusqu’au Hirak, ce mouvement populaire qui en 2019 avait mobilisé des millions de manifestants contre le cinquième mandat de Bouteflika, la « mal-vie » et la corruption. En 2021, la plupart de ces partis avaient appelé au boycott des élections législatives mais, depuis, ils sont rentrés dans le rang. Ils reprennent les discours nationalistes du régime et prêchent la nécessité de faire des sacrifices pour le bien de la nation. Louisa Hanoune, dirigeante du PT qui prétend être la voix des sans voix, a même tenu à valoriser les maigres augmentations lâchées par le président Tebboune dans la fonction publique et à encenser « l’État social » algérien qui selon elle prendrait soin des plus démunis.
Ces élections servent à entretenir une façade démocratique, un paravent civil derrière lequel s’abritent les dirigeants algériens, et en premier lieu ceux de l’armée, pour régler leurs affaires et leurs différends. En même temps, ceux-ci craignent sans doute que, même parmi des partis ainsi domestiqués, certains réussissent à cristalliser sur leur nom le mécontentement qui couve dans toute la société.
Car si depuis la guerre au Moyen-Orient, les cours du gaz et du pétrole flambent, la pauvreté, elle aussi, bat des records. Le gel des salaires, l’inflation, le chômage font plonger dans la pauvreté les masses travailleuses. À cela s’ajoute une politique de restriction des importations qui crée des pénuries sur de nombreux produits.
En décidant qui sera candidat, en éliminant ceux qui ne lui plaisent pas, le régime est peut-être en train de raviver la colère et le sentiment d’être méprisés qu’avaient ressenti des millions d’Algériens, lorsque Bouteflika, malade, muet et impotent, avait été présenté une fois de plus comme candidat, ce qui avait déclenché le Hirak. Visiblement, le régime est incapable de tirer les leçons de ce passé récent.