Congrès CGT : comment combattre l’extrême droite ?03/06/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/06/une_3018-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1262%2C1644_crop_detail.jpg2026-06-03

Leur société

Congrès CGT : comment combattre l’extrême droite ?

Sophie Binet, la secrétaire générale de la CGT, qui tenait son 54e Congrès confédéral à Tours du 1er au 5 juin, a commencé son rapport d’ouverture en dénonçant « les bruits de botte qui s’amplifient » et « la menace de l’extrême droite ».

Après avoir taclé Bardella dont la « vraie idylle cachée n’est pas la princesse des Deux-Siciles mais le Medef », Sophie Binet a affirmé, à juste raison, que « l’extrême droite est la pire ennemie du monde du travail ». Elle a dénoncé le soutien de plus en plus ouvert des grands capitalistes aux politiciens d’extrême droite qui « désignent des boucs émissaires » pour éviter « que la colère se retourne contre le capital ».

Sophie Binet exprime là les inquiétudes légitimes de nombreux militants de la CGT, à la fois confrontés à la possible arrivée du RN au pouvoir et déboussolés parce que de plus en plus de travailleurs autour d’eux basculent dans le vote RN, quand ce ne sont pas carrément des syndiqués de la CGT. Combattre l’influence de l’extrême droite parmi les travailleurs et proposer une politique pour enrayer sa marche vers le pouvoir est bien sûr la tâche vitale d’une organisation ouvrière qui revendique 600 000 adhérents. Mais quelle politique Sophie Binet propose-t-elle aux travailleurs pour cela ?

Elle s’est glorifiée que la CGT ait « pris ses responsabilités en juin 2024 en conduisant la gauche à s’unir sur un programme de rupture puis qu’elle finisse légèrement en tête » ! Autrement dit Sophie Binet présente comme une victoire l’appel du NFP, le Nouveau front populaire, activement relayé par la CGT, entre les deux tours des législatives de 2024, à voter pour des politiciens antiouvriers comme Borne, Darmanin ou Hollande sous prétexte de faire barrage au RN. Et pour l’avenir, elle appelle « Olivier, Marine, Manuel, Fabien », c’est-à-dire les dirigeants du PS, des Verts, de LFI et du PCF, tous les quatre présents au congrès de la CGT, à faire l’unité en 2027 pour « en finir avec le macronisme ». Autrement dit, la seule perspective que propose Sophie Binet est que la gauche, sous une forme ou sous une autre, revienne au pouvoir alors même qu’elle a écœuré et déboussolé des millions de travailleurs en servant le grand patronat chaque fois qu’elle a gouverné. Cette trahison répétée est justement l’une des principales raisons des progrès du vote RN dans l’électorat ouvrier.

Une autre raison de la progression des idées de l’extrême droite est le remplacement méthodique, dans la conscience des travailleurs, de l’internationalisme par le nationalisme, des perspectives socialistes par le souverainisme et le protectionnisme. Or, si Sophie Binet s’est proclamée « internationaliste », reprenant les paroles de l’Internationale, dans le même discours elle a dénoncé « le déclassement de notre pays […] et de nos industries qui ferment ». Quand elle critique la mondialisation libérale, c’est pour regretter que « de plus en plus de pays du Sud ne se contentent plus d’être les ateliers du monde mais maîtrisent désormais l’ensemble des chaînes de valeur ». En laissant ainsi entendre que les responsables des suppressions d’emplois seraient à chercher dans des pays comme la Chine, et pas d’abord du côté des capitalistes et des dirigeants français et occidentaux, Sophie Binet envoie les travailleurs vers des impasses.

On ne peut combattre la montée de l’extrême droite sans agir pour que les travailleurs reprennent confiance dans leurs propres forces, au lieu de s’en remettre, une fois encore, à une gauche qui les trahira. Il n’y a pas à s’étonner que « le Medef traite le RN comme un parti comme les autres » ni à implorer les patrons de renouer avec le dialogue social, mais plutôt à préparer les voies et les moyens du nécessaire combat des travailleurs contre la classe capitaliste qui plonge la société dans la guerre et le chaos. Est-ce que cela ne devrait pas faire partie des objectifs d’une confédération syndicale ouvrière ?

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