États-Unis : la population paye la guerre commerciale25/02/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/02/une_3004-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1265%2C1644_crop_detail.jpg

Dans le monde

États-Unis : la population paye la guerre commerciale

Le 20 février, six juges sur les neuf que compte la Cour suprême des États-Unis ont déclaré illégaux les droits de douane que Trump a imposés presque au monde entier au cours de l’année 2025, rebattant ainsi certaines cartes de la guerre commerciale internationale.

Le 2 avril 2025, en proclamant le « jour de la libération » de l’économie américaine, le président américain avait imposé par décret des droits de douane visant les pays qui exportent aux États-Unis. Le processus avait été chaotique, fait de menaces et d’accords sous la contrainte, mais aboutissant à une augmentation importante des droits de douane, assez différente selon les pays.

Oubliant que l’impérialisme américain et ses grandes entreprises imposent leur domination mondiale depuis un siècle, Trump prétendait, qu’avant son règne, les États-Unis se faisaient « plumer » par le reste du monde. Il se faisait fort, en augmentant les droits de douane, de faire payer ces profiteurs. Or, comme beaucoup l’avaient prédit, le renchérissement des importations a surtout pesé sur les entreprises américaines achetant à l’étranger.

À cette époque le PDG de Learning Resources, importateur et distributeur de jouets éducatifs fabriqués en Chine, avait déclaré : « Quand des droits de douane de 20 % ont été annoncés, j’ai fait un plan pour que l’entreprise survive à une augmentation de 40 %, ce qui était un niveau impensable. Je croyais être très malin. Puis le président a annoncé des taxes à 54 % pour la Chine, qui a fait la même chose à l’encontre des États-Unis. C’est alors qu’il a décrété qu’elles seraient de 145 %. » Il a déposé plainte le 22 avril 2025. Au même moment un importateur de vins et alcools, VOS Selections, faisait de même, représenté par un cabinet d’avocats d’affaires au service des entreprises.

Ces plaintes, qui sont arrivées dix mois plus tard devant la Cour suprême, arguaient que, puisque les entreprises américaines payaient les 200 milliards de dollars de droits de douane imposés en 2025, il s’agissait donc d’impôts supplémentaires prélevés par l’État américain. Or, selon la Constitution, le droit de lever l’impôt n’appartient pas au président mais au Congrès.

Furieux d’être désavoué par la Cour suprême, Trump a non seulement taxé les juges de déloyauté et d’être au service de l’étranger, mais a dégainé d’autres droits de douane, d’abord de 10 % puis, se ravisant le lendemain, de 15 %, qu’en tant que président il a le pouvoir de décréter pour 150 jours sans demander la permission au Congrès. L’incertitude va donc demeurer quant aux conséquences pour l’économie mondiale de la viabilité ou non des décisions erratiques de Trump.

De plus, s’appuyant sur la décision de la Cour suprême, les avocats de milliers de patrons américains vont à présent inonder les tribunaux de requêtes en remboursement de ces impôts indûment payés depuis des mois. Combien de milliards de dollars, parmi ces 200 perçus par le fisc américain, seront ainsi remboursés, à quelles entreprises et quand ? En tout cas, il est certain que les classes populaires continueront de payer le prix fort de ces taxes. Car si l’État doit maintenant sortir l’argent pour rembourser le patronat, les travailleurs en paieront les conséquences en impôts et en réduction des services publics et des dépenses sociales.

« C’est notre argent, rendez-le nous ! » s’est écrié le PDG de Learning Resources. Mais beaucoup d’importateurs ont évidemment transféré le coût des droits de douane sur les consommateurs en augmentant leurs prix de vente, alimentant l’inflation, qui dévaste le niveau de vie.

Les classes populaires ont donc déjà payé, et risquent de devoir continuer à le faire !

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