- Accueil
- Lutte ouvrière n°3018
- France-Vanuatu : pour quelques cailloux de plus…
Leur société
France-Vanuatu : pour quelques cailloux de plus…
Mardi 19 mai, le Premier ministre du Vanuatu, Jotham Napat, a accusé Paris de pratiques coloniales, et il y a de quoi.
La France refuse en effet de rétrocéder Matthew et Hunter, des cailloux volcaniques inhabités d’une surface de 0,7 km2.
Comme ces deux îlots sont situés à quelque 300 kilomètres à l’est de la Nouvelle-Calédonie, leur possession est une belle affaire qui permet à la France de prolonger sa zone économique exclusive dans le Pacifique d’environ 350 000 km² ! Alors, entre zones de pêche, ressources minières potentielles, présence militaire française dans le Pacifique, il n’est pas question pour le gouvernement d’en céder la souveraineté.
Il y a un siècle, du temps de l’Empire colonial français, le Vanuatu — à l’époque les Nouvelles-Hébrides — était un condominium, une colonie partagée par la France et la Grande-Bretagne. En 1976, alors que le mouvement indépendantiste prenait de l’ampleur au Vanuatu, l’État français s’appropria les îlots en les transférant à la Nouvelle-Calédonie. Quatre ans plus tard, en 1980, quand le Vanuatu accéda à l’indépendance, sa souveraineté exclut ses îlots, même s’il la revendiqua dès le premier jour. En 1983, la marine vanuataise débarqua même sur l’une des îles, dévissa la plaque française et planta son propre drapeau. La France répliqua en envoyant un bâtiment militaire rétablir les symboles tricolores et, depuis, elle effectue des patrouilles navales régulières.
Dernièrement, dans son désir de jouer un rôle entre la Chine et les États-Unis, l’impérialisme français a cherché à gagner de l’influence au Vanuatu. En réponse aux avances de Macron, le gouvernement vanuatais a posé comme condition la rétrocession des deux îlots. Marine Le Pen a saisi l’occasion pour faire, en décembre dernier, une sortie tricolore en affirmant que « les Français n’ont pas à subir que le pouvoir macroniste démantèle nos territoires d’outre-mer dans leur dos. » Pas moins.
Tout en se disant prêt à négocier des droits de pêche avec le Vanuatu, le gouvernement a affirmé que jamais, jamais il ne cèdera la souveraineté sur ces îlots désertiques situés à 17 000 km de ses bureaux… À quand l’envoi du porte-avions ?