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Leur société
Nos lecteurs écrivent : Une “formation à la paix”… qui glorifie la guerre !

Organisée par l’APHG (Association des professeurs d’histoire et de géographie) de Créteil sous l’égide de l’Éducation nationale, la journée Étudier et enseigner la paix s’est tenue le 13 février aux Archives diplomatiques de La Courneuve.
« Découvrir un espace de réflexion sur les valeurs de paix et le combat diplomatique pour la réalisation de cet idéal. » Charmant programme, n’est-ce pas ? Sauf que l’après-midi s’est transformé en traquenard, avec un mot d’ordre implicite : si tu veux la paix, prépare-toi sérieusement à la guerre.
Le sommet de ce grand numéro fut l’entrée en scène, uniforme impeccable et décorations cliquetantes, du général de division Hervé Pierre, chef des officiers généraux, qui nous raconte ses OPEX (Afghanistan, Mali, Centrafrique) comme on expose des trophées. Des missions paraît-il « civilisatrices », dans la pure lignée de ses prédécesseurs coloniaux. S’inspirant d’un certain général Beaufre (obscur théoricien de la « guerre révolutionnaire », concept fumeux forgé dans le sang, de l’Indochine à l’Algérie) le général nous servit sa petite musique selon laquelle paix et guerre se confondent : la vraie paix, paraît-il, serait une guerre bien menée et gagnée !
Tout en jurant la main sur le cœur que la présence de l’Armée auprès des enseignants et des élèves n’avait rien à voir avec le recrutement, il avoua vouloir « transformer la vision » des jeunes sur l’institution militaire. Traduction : banaliser l’idée que la guerre fait partie du paysage, rendre le sacrifice presque… sympathique. Autrement dit, contribuer à ce grand objectif : préparer les esprits au devoir de sacrifier nos enfants.
Cerise sur le gâteau : diplomates et militaires entonnèrent à l’unisson l’hymne à la dissuasion nucléaire. La bombe atomique comme ultime garantie de la paix ! Menacer d’anéantir la planète entière, voilà donc la grande leçon de pacifisme du jour. Et pour finir, place à la promotion des fameuses CDSG (classes de défense et de sécurité globales), vitrines du rapprochement École-Armée, le tout emballé dans le jargon à la mode : « résilience », « citoyenneté ». On connaît la chanson.
Plusieurs enseignants sont repartis avec l’amère impression d’avoir été gentiment dupés. On nous avait promis la paix ; on nous a servi la guerre, en uniforme, maquillée en « démarche pédagogique ».
Une belle démonstration, au fond, de ce que l’Éducation nationale semble attendre désormais de nous : former des jeunes respectueux de l’uniforme et prêts à applaudir le sacrifice quand viendra l’heure.