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Leur société
Morts de la rue : la pauvreté tue
Plus de 929 sans-abri sont morts en France en 2025. Le collectif Les Morts de la rue rappelait ce scandale le 2 juin, en égrenant lors d’un hommage leur prénom, âge, ville, enfin le peu que l’on sait d’eux.
Plus nombreux d’année en année, ces morts dans la rue sont difficiles à recenser. Avant une enquête en cours, l’Insee n’avait pas publié de statistique les concernant depuis 2012, mais les associations ou les riverains qui s’en préoccupent savent la réalité : il suffit parfois d’une expulsion, d’un licenciement, d’une maladie grave, d’un accident de la vie, comme on dit, pour se retrouver à la rue, et, en période de grand froid comme de canicule, pour y mourir. On meurt à 50 ans, en moyenne, bien plus jeune que la moyenne de la population, mais il s’est trouvé parmi les morts de la rue des personnes âgées : une femme de 88 ans, mais aussi 14 enfants de moins de 4 ans, dont un bébé de 11 jours.
Hausse du nombre de chômeurs, montée de la pauvreté et de la précarité, durcissement des politiques vis-à-vis des migrants, baisse de la construction de logements abordables, déficit chronique d’hébergements d’urgence, difficultés croissantes d’accès aux soins, toutes les conditions sont réunies pour que le nombre de sans-abri et leur précarisation grandissent. La promesse solennelle de Macron en 2017 – « Je ne veux plus, d’ici la fin de l’année, avoir des femmes et des hommes dans les rues, dans les bois ou perdus. » – résonne comme une sinistre plaisanterie. Les princes capitalistes et leurs fondés de pouvoir en politique n’ont que faire de ceux qu’ils ont réduits à la misère, pourvu qu’ils n’encombrent pas leur villa Montmorency à Paris ou leur quartier des Quinconces à Bordeaux.
À eux seuls, les 6 millions de mètres carrés de bureaux vides en Ile-de-France, à peine aménagés, permettraient de loger ou héberger les 350 000 sans-abri. Mais on ne peut compter sur un gouvernement de la bourgeoisie pour s’attaquer à ce problème qui affecte les classes laborieuses.
Lénine écrivait il y a bientôt 110 ans, en pleine période révolutionnaire, dans L’État et la révolution : « Ce qui est certain, c’est qu’il y a dans les grandes villes déjà suffisamment d’immeubles à usage d’habitation pour remédier sans délai par leur emploi rationnel à toute véritable “crise du logement”. Cela ne peut naturellement se faire que par l’expropriation des propriétaires actuels, par l’occupation de leurs immeubles par des travailleurs sans abri ou immodérément entassés dans leurs logis. »