- Accueil
- Lutte ouvrière n°2957
- Turquie : le mouvement ne faiblit pas
Dans le monde
Turquie : le mouvement ne faiblit pas
Le mouvement de protestation déclenché par la décision d’Erdogan d’emprisonner le maire d’Istanbul, Ekrem Imamoglu, n’est sans doute pas près de finir.

Dimanche 30 mars, ce sont encore des centaines de milliers de personnes qui se sont rassemblées pour un meeting à Maltepe, sur la rive asiatique du Bosphore.
Le maire d’Istanbul apparaît comme le principal opposant à Erdogan, susceptible de l’emporter face à lui lors de l’élection présidentielle prévue en 2028. En le faisant arrêter sous des accusations fabriquées de « corruption » et de « terrorisme », Erdogan veut évidemment se débarrasser de ce concurrent et peut-être en profiter pour avancer l’élection. Mais l’arrestation a entraîné, au moins parmi la jeunesse, un mouvement de protestation allant au-delà du simple soutien à Imamoglu et à son parti, le CHP, le Parti républicain du peuple, qui se dit social- démocrate et est en fait l’héritier du parti nationaliste fondé par Mustafa Kemal. Les jeunes qui ont manifesté à partir de nombreuses universités et villes expriment en fait une révolte contre le régime d’Erdogan lui-même, son autoritarisme croissant et son caractère policier, religieux et réactionnaire. Leur mouvement rappelle celui qui a surgi en 2013 à partir d’une protestation contre la destruction du parc Gezi, au centre d’Istanbul.
Erdogan espère sans doute maintenant que la semaine de congés dont profitera une grande partie de la population pour le Bayram, la fête traditionnelle qui clôt le ramadan, fera baisser la mobilisation. Sa police cherche à y contribuer aussi en multipliant les arrestations notamment parmi les jeunes. Mais cela ne suffira sans doute pas. Les dirigeants du CHP, après une hésitation initiale, ont choisi de se porter à la tête de la contestation et annoncent d’autres initiatives. Ils ont maintenant le renfort du parti DEM, le parti pro-kurde qu’Erdogan a cherché à acheter sans être capable de lui annoncer la moindre concession réelle et alors que son dirigeant, Demirtas, est lui aussi toujours en prison de même que le leader du PKK, Öcalan.
Les dirigeants du CHP et du DEM disent vouloir sauver « ce qui reste de la démocratie turque » face au régime autoritaire d’Erdogan. Ils veulent surtout apparaître comme une alternative politique crédible à celui-ci, capable de restaurer la stabilité au cas où il finirait par s’écrouler. Mais la jeunesse qui se révolte attend autre chose, et les travailleurs et les couches populaires aussi. Ils subissent depuis des années la crise économique marquée par une inflation galopante, l’écroulement de la monnaie et l’effondrement du pouvoir d’achat. C’est à ce régime qu’il faut mettre fin, un régime de crise et de dictature d’une clique qui protège les intérêts d’une minorité de privilégiés.
Alors si la révolte de la jeunesse se prolonge, elle devra gagner celle des quartiers populaires, entraîner les travailleurs à lutter pour leurs propres objectifs, pour abattre non seulement Erdogan et sa clique mais tout un système d’exploitation qui règne sur la Turquie et au-delà.